Raisonnement contrefactuel et vote contre l'extrême-droite.

https://www.youtube.com/watch?v=0P4-DBCCUG8

    Document de 1984 fort sympathique sur l'extrême droite. En le regardant, je me suis aperçu innocemment que le bourgeois interviewé aurait assez certainement été un collaborateur en 40. Il y a de plus une sorte de paradoxe assez simple que montrent plutôt bien les diverses interviews. Alors que l'extrême droite défend l'idée bizarre selon laquelle les immigrés voteront toujours en France pour les personnes en faveur de la cause de leur pays d'origine au détriment de la France (les juifs pour Israël, et les étrangers pour ???), en fait, l'extrême droite n'aurait, elle, pas de problème à collaborer avec un envahisseur, s'il était plus ou moins facho, càd s'il soumettait le soi-disant ennemi intérieur (le non-blanc, le gauchiste, le LGBTx, le juif, pour être clair). 

    J'ai du mal à croire que ce serait différent aujourd'hui. Comme Benda dans la Trahison des clercs (1927), on peut raisonnablement penser que le vote d'extrême-droite reste un vote passionnel (ressentiment, envie, jalousie, ou que sais-je); l'envieux, par exemple, éprouve du plaisir à voir soumises les personnes que paradoxalement il déteste et envie, ou plus simplement : l'envieux prend du plaisir à être envié. Finalement voter, c'est voter contre ceux qui sont le moins susceptibles de collaborer avec un éventuel fascisme (et donc a priori voter le plus à gauche possible). Pour être plus cash encore, et faire de l'uchronie quelque chose de salutaire, voter, c'est voter contre ceux qui aujourd'hui auraient été le plus susceptibles de collaborer en 40 avec le fascisme. Et l'invasion fasciste (uchronique obviously : ça ne semble pas être une menace raisonnable), elle a lieu, constitution bafouée ou non.

1 avantage de cette stratégie argumentative :

    Ici, tout argument fondé sur l'idée que l'extrême droite serait limitée dans ses projets par la Constitution ne tient pas. De toute manière, non seulement la constitution tombera, légalement ou non, s'il y a un élan populaire massif d'extrême droite, mais en plus et de manière plus générale, l'extrême droite fascisante n'en a jamais rien eu à foutre d'être constitutionnelle ou non.

3 objections :

    1) Vous me direz que je fais un énième FN = fascisme, mais on peut être d'accord avec des hippies sur la conclusion, pas sur les raisons. Pour les plus filouzophes d'entre-vous : ici je fais un genre de raisonnement contrefactuel, plus précisément je fais non seulement une prédiction du comportement des gens d'extrême-droite, mais en plus je le fais dans un autre monde possible, et je conseille de voter à partir de ça : oui, c'est vraiment un truc de philosophe, mais on ne se refait pas. 

    Prédiction des comportements vaguement fondée 

    a) sur une théorie des passions que je pense, comme les classiques (déterministes, compatibilistes, comme cartésiens), largement déterminées et déterminables;

    b) sur l'histoire, et là c'est plus contestable car l'histoire ne se répète pas gniagniagnia, donc on ne peut faire une induction à partir d'un cas pouet pouet Popper, MAIS ça n'est pas non plus aberrant, car comme Hobbes et Spinoza, je ne suis pas, a priori du moins, contre l'idée que nos théories sur les passions permettent d'expliquer certains comportement humains, y compris politiques. Je ne vois pas de raison suffisante pour séparer anthropologie (j'entends plus ou moins déterministe) et histoire : ou alors il faut me défendre l'hypothèse du libre-arbitre absolu, ou du hasard absolu. Le second rend tout histoire impossible, et le premier est un débat philosophique, pas historique, et vraiment pas évident. On peut même raisonnablement affirmer que paradoxalement, la charge de la preuve est désormais plutôt du côté des libertariens aujourd'hui (au sens des défenseurs du libre-arbitre absolu, on s'entend).

    2) On vote sous la contrainte d'une hypothèse qui ne se réalisera sans doute pas de si tôt : oui, mais la contrainte effective est très faible et raisonnable, à savoir voter toujours contre l'extrême-droite.

    3) Ça force à voter Macron, alors qu'on ne va pas être envahi par la Russie demain, avec l'extrême droite qui collabore (je plaisante, et même temps je ne plaisante pas, comme dirait Mehl; et oui ce ne sont pas des fachos gniagnia, m'enfin je ne voudrai pas de ce genre d'illibéralisme politique). C'est un argument que j'entends, mais qui n'a de force persuasive que dans une situation où il y a forte probabilité qu'il y ait deux personnes d'extrême droite à un second tour, des présidentielles par exemple. Dans ce cas, on serait effectivement contraint dès le premier tour de voter pour celui qui a le plus de chance d'arriver au second tour, même s'il n'est pas de gauche: a priori ce serait Macron pour ces élections selon les derniers sondages. Cependant, même si on peut discuter sur des points précis (wink wink Darmanin, Wauquiez, et consorts), ça n'est pas encore le cas en France, et le culte du chef dans l'extrême droite rend cela difficile : il ne peut y en avoir qu'un, contrairement aux Siths.

Signé : celui qui n'a pas voté dimanche dernier.

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